Interview par Craft Project

crédits photos Pierre Salagnac



Interview – OCTOBRE 2021- LAVERDURE par ANNE ZANONE




Numéro spécial du magazine connaissances des Arts, dédié aux métiers d’arts

Connaissance des Arts



Interview – janvier 2021

Bonjour Anne, vous dirigez l’Atelier Midavaine depuis…

Quand j’ai repris l’atelier suite à la disparition de mon père, nous étions en train de réaliser des joailleries pour la maison Chanel. Mon premier travail en tant que gérante de l’atelier Midavaine a été de réaliser toute la grande joaillerie de la place Vendôme, c’était tout de suite « sauter dans le grand bain ». 

Quel a été le premier mobilier ou décor de laque que vous avez réalisé à vos débuts ?

J’ai repris l’atelier Midavaine en 1994, à la suite de la mort de mon père. Il était dans une période où il avait commencé à faire de grandes joailleries Chanel dans le monde, dont Los Angeles. Il avait a mit au point le principe avec le décorateur et je me suis donc retrouvée,  à devoir gérer la joaillerie de la place Vendôme sur deux étages. C’était un démarrage dans le grand bain. 

Comment vous êtes vous décidez à prendre la direction de l’atelier Midavaine ? Le changement d’activité fut radical ? 

Je dois dire que c’est une question qui passionne tout le monde alors que pour moi, ça me semble tellement loin aujourd’hui. Cela fait maintenant vingts six ans que j’ai repris. Aujourd’hui ma vie est ici et la vie antérieur est classée dans un dossier antérieur.
Avant de reprendre l’atelier, j’étais chirurgien dentiste anthropologue. Quand mon père est décédé, la question ne s’est pas posée pour moi, j’ai choisi de venir à l’atelier qui a toujours été ma maison puisque j’y étais domiciliée quand j’étais enfant. J’y passais, c’était nos entrailles et notre lieux de vie. Aujourd’hui encore, la maison c’est l’atelier, quand on part en voyage, on part de l’atelier, quand on rentre, on revient d’abord à l’atelier. 

Quels sont vos architectes et designers préférés ?

Nos architectes et designers préférés aujourd’hui, ça va être ceux avec qui je vais travailler demain, puisque forcément  je préfère les gens qui m’aiment. On a vraiment un travail qui est au service, donc mon devoir c’est d’essayer d’ouvrir l’atelier à de nouveaux designers, à de nouveaux architectes et de donner cette possibilité. Je travail régulièrement avec Pierre-Yves Rochon, Winch, ect… Tous ces projets, c’est toujours l’avenir, c’est demain et demain nous appartient. 

Quel est votre plus beau challenge, le plus d’adaptabilité ?  

Mon plus beau challenge, c’est de faire tourner l’atelier. D’arriver à être le réceptacle du désir du décorateur, à comprendre ce qu’il veut, à le transmettre aux gens qui travaillent avec moi ; qui  sont des artistes et à essayer de manager tous ça vers l’exécution, la réalisation d’un projet dans son ensemble.  Pour nous, chaque projet est un challenge. Chaque fois, l’idée est de mettre toutes nos connaissances de laque ainsi que tout notre savoir faire pour la laque pour retranscrire l’idée de quelqu’un qui n’a pas forcément idée de ce qu’est la laque. C’est vraiment une adaptabilité à chacun et un challenge de réussite. 

Quelle est la définition parfaite du laqueur aujourd’hui ? 

Dans l’atelier Midavaine c’est, ne pas être un artiste mais être un artisan d’art. C’est à dire avoir tout son savoir faire sur la laque, toutes ses connaissances et pouvoir adapter l’ensemble à travers notre matériau et notre sensibilité vis à vis d’un projet qui souvent est en 3D et que nous, nous allons transformer en rêve de laque. 

Quel type de mobilier aujourd’hui utilise cette technique de laque d’art et d’or ? Classique ? Contemporain ? Que recherche le plus vos clients ? 

Nous faisons à la fois des boiseries, des panneaux décoratifs et du mobilier. Sur le mobilier, le plus courant, ce sont des ébénistes qui nous demandent de faire en s’inspirent de laques anciennes, des copies de meubles de prestige pour des palais. Aujourd’hui en panneaux décoratifs, on a le bonheur, l’avantage de travailler pour la maison Cartier avec qui on va concevoir des panneaux à chaque fois différents avec des techniques différentes pour des endroits différents. Pendant cette pandémie où on reste à l’atelier et où on a à peine le temps de vivre, nous voyageons dans notre tête entre Shangaï, Pékin, San Diego, Genève et parfois Paris. C’est la notre plus grand challenge. 

Pendant cette crise sanitaire comment les artisans, les architectes, les fournisseurs, tout cet ecosystem a pu tenir le coup ? Et va tenir le coup ? 

Le délai incompressible entre la première fois où l’on entend parler d’un projet, le fait de le réaliser, ainsi qu’un devis accepté est entre deux à quatre ans. Nous avons eut la grande chance d’avoir beaucoup de devis qui sont tombés juste avant la crise sanitaire. Toute la crise sanitaire a été de maintenir la production, pour pouvoir satisfaire les engagements des décorateurs. Aujourd’hui nous travaillons aussi à de nouveaux projets puisque nous sommes bientôt un ans après la crise sanitaire. La difficulté est donc peut-être d’obtenir des réunions où l’on puisse concrétiser. Pour cela on s’est tous mis sur des logiciels qui nous permettent de nous réunir par digital et puis de temps en temps pour les points cruciaux on se rencontre et le plus souvent à l’atelier. 

La plus part des panthères font parties des commandes de Cartier, quelle est l’histoire de cette panthère ? 

L’âge d’or de la laque, c’est la période d’art déco mais aussi la période des grands joaillers et de la maison Cartier. A ce moment là, mon grand-père représentait énormément d’animaux en laque et donc nous avons la chance de posséder un paravent avec des panthères fait par mon grand-père en 1935. Depuis nous travaillons avec la maison Cartier sur leurs différents panneaux décoratifs qui peuvent avoir des panthères qui répondent à l’esthétique Cartier, un petit peu différent de l’esthétique Midavaine au départ mais en ce moment il y a vraiment une symbiose mais aussi d’autres motifs que les panthères. L’art d’un laqueur comme nous exécutant est d’arriver à parler dans le domaine de nos clients. 

Comment se déroule la transmission de cet héritage culturel, ce savoir faire ancestral aux nouvelles générations ?  Quels sont les futures perspectives des métiers d’art ? 

La laque d’art fait partie des métiers d’art et des métiers rares. La façon dont elle s’enseigne, que ce soit à l’école Boule ou l’ENSAAMA  pendant deux ou trois ans est une ouverture sur ce métier puis après chaque grande maison a sa façon de faire ainsi que sa façon d’être. La transmission se fait en atelier, des sachants vers ceux qui ont envie de savoir. Dans cet atelier on est ensemble depuis  longtemps mais nous prenons des stagiaires de l’ENSAAMA et on essaye de les ouvrir à nos perspectives ainsi qu’ au fait d’être salariés d’un atelier et pas forcément artiste créateur. 

Vous faites partie des entreprises du patrimoine vivant ce label, vous-a-t-il permit de vous développer davantage d’un point de vue international ? 

Nous sommes entreprise du patrimoine vivant depuis la création du label en 2005. Nous avons été dans les premières entreprises qui ont été labelisé, cela nous donne une visibilité international. Cependant, on ne sait jamais ce que cela nous a apporté en plus puisque nous ne savons pas comment on aurait vécu sans ce label. La survie de ce label est compliquée, elle est limitée par les ministères de la culture, de l’artisanat et Bercy, c’est une reconnaissance pour les entreprises qui est nécessaire.